vendredi 17 février 2012

L’ association dite ACHAAB (les Amis de Chester Himes en Aquitaine, à Arcachon et sur le Bassin),  fondée en 2011, a pour but de rappeler et commémorer  le séjour à Arcachon de l’écrivain afro-américain Chester Himes (1909-1984) et de manière générale de développer les manifestations visant à faire connaître la littérature noire et policière en y associant toutes formes d’expression artistique  (cinéma, musique. ..) en Aquitaine  et plus précisément  sur la commune d’Arcachon et les communes avoisinantes situées sur le bassin d’Arcachon.



Villa Madiana où séjourna Chester Himes

En 1953, peu après son arrivée en France, un des grands auteurs américains de romans policiers, Chester HIMES (1909-1984), a résidé et travaillé dans le quartier de l'Aiguillon, entre La Teste de Buch et Arcachon, dans la petite villa de son ami et traducteur français, Yves MALARTIC.D'autres écrivains ont séjourné sur le Bassin et leur présence passée nous est devenue familière: Cocteau, D'Annunzio ou Mauriac font dorénavant partie de la mémoire locale. Moins connu et plus surprenant est le séjour de HIMES, noir américain natif de Jefferson City, Missouri, ayant purgé dans sa jeunesse sept années de prison pendant lesquelles il découvre sa vocation littéraire en lisant Faulkner et Flaubert.


Mais au delà de cette curiosité, l'anecdote pourrait rester banale si HIMES n'avait pas consacré une assez grande importance à ce séjour dans son autobiographie Regrets sans repentir (Gallimard, 1979 pour sa traduction française d'Yves MALARTIC). En conclusion de cet épisode situé dans une période charnière de sa vie, HIMES écrit:          

« Tout compte fait, les deux mois que nous passâmes à Arcachon nous apportèrent un        bonheur extrême. Pendant quelque temps, je m'étais senti complètement à l'écart de mes frères d'âme, de leurs envies, de leurs jalousies, leurs intrigues et du « problème noir » qui obsède mes compatriotes. »

Ces mots font écho à la chronique empathique décrivant avec minutie la vie des pêcheurs du quartier, la figure des commerçants et l'animation des bars, un univers aujourd'hui disparu et qu'il est étonnant de retrouver, ou de découvrir, sous la plume aiguë de celui qui fut baptisé le Balzac de Harlem. Surprenants encore sont les souvenirs de ses rencontres avec son voisin Gérard BEGAUD,  avec le docteur THE,  son fils Jacques et de la complicité qui naît entre eux.  Son regard amusé sur la vie du Yacht club et son attendrissement devant les chats de MALARTIC finissent par emporter notre adhésion et nous aimons croire que le bassin aura apporté un peu de sérénité à cet écorché vif à propos duquel Jean GIONO disait, après le succès qui a suivi la parution de La reine des pommes à la Série Noire en 1957:

« Je vous donne tout Hemingway, Dos Passos et Fitzgerald contre ce Chester HIMES »